Financièrement, on s'en sort?

En dehors de toute considération philosophique, politique, spirituelle, idéologique, morale, etc, posons-nous simplement la question: est-il possible financièrement de se passer du travail? Allez, osons même la question suivante: cela est-il plus avantageux, financièrement, de ne pas travailler?

Considérons le minimum vital, avant de discuter du reste.

L'essentiel et le nécessaire

Quels sont les besoins matériels indispensables, dont nous ne pouvons nous passer? La réponse est sûrement très différente d'une personne à l'autre, mais partons sur la proposition suivante. Quatre choses sont indispensables à une vie décente: un toit, des vêtements, de la nourriture et des soins.

Se loger

Eh bien ça commence mal, car nous butons déjà sur un premier obstacle de taille! On peut toujours militer pour un encadrement des loyers, pour la construction de logements sociaux, voire la fin de la propriété privée et du marché du logement (et il le faut!), mais comment faire pour s'en sortir dès aujourd'hui?

Premièrement, tout le monde n'est pas obligé de vivre dans son propre logement. Les jeunes peuvent rester un peu plus chez leurs parents, on peut vivre en colocation, en copropriété, etc.

Il est aussi possible de ne pas vivre en maison ou en appartement, et de choisir un mode de vie nomade: voyage à pied ou à vélo, en fourgonnette aménagée... On peut loger chez des amis ou en famille, par périodes plus ou moins longues, faire du WWOOFing 1... Toujours pour les aventuriers: le squat - mais la répression est sans pitié.

Soyons réalistes: nous ne sommes pas tous des squatteurs, des punks, des “clochards célestes”, ou autres aventuriers. Alors que faire? Réduire au maximum de ses possibilités. Vivre en chambre de bonne, choisir les quartiers les moins chics ou vivre à la campagne. Ce qu'on perdra en confort sera gagné en liberté.

Car un logement, finalement, n'est qu'un logement! En quoi serait-il une source de bonheur? La plupart des personnes qui bossent en profitent d'ailleurs à peine, et n'ont guère le temps de faire le ménage, voire le jardinage, etc. Et même quand on jouit du logement idéal, cela ne nous empêche pas de nous ennuyer, quand nous n'avons plus rien à faire, et que nous sommes face à nous-même, ou en tête à tête avec la télé, par un misérable dimanche de pluie.

Non, autant payer le moins possible pour son logement, l'aménager simplement et proprement, puis s'en servir pour manger, chier et dormir. Le reste du temps, on profite de l'air libre! Les loyers les moins chers arrivent à la portée de ceux qui ont quelques économies, ou qui travaillent à temps partiel, qui touchent des allocs, vivent à plusieurs, etc.

Mais cela nous laisse peu de marge pour le reste...

Se vêtir

Les vêtements sont aujourd'hui le cadet de nos soucis. Nous en avons trop même, et sommes bien souvent obligés de vider nos placards une fois par an, et de faire un tour chez Emmaüs. Avec moins de fric, on peut justement faire nos courses dans les friperies et les vide-greniers. Parfois nos amis se débarrassent de leurs vêtements et sont contents de nous les donner. On peut les voler ou même les acheter en magasin tellement ils sont peu onéreux. Quand aux fringues de marque, à la mode, qui coûtent beaucoup plus cher, ce n'est pas un problème, on s'en passe très vite. Et nous n'avons pas besoin d'acheter des vêtements sans arrêt. Souvent, ceux que nous possédons déjà font largement l'affaire, et quand ils s'abîment, on peut les réparer. On peut donc considérer ce poste de dépense comme étant quasi nul.

Se nourrir

En ce qui concerne l'alimentation, nos besoins sont un peu plus spécifiques que pour le logement et les vêtements, qui peuvent être à peu près les mêmes pour tout le monde. Nous n'avons pas tous la même morphologie, les mêmes habitudes, etc, il est donc difficile d'établir un budget universel pour ce poste.

Toutefois, le temps libre dont jouissent les déserteurs que nous sommes permet de bien s'informer, et bien réfléchir sur notre régime alimentaire. On peut alors adopter un régime équilibré, sain et bon marché. D'autant plus que nous avons suffisamment de temps pour faire les courses aux bons endroits. Nous avons peut-être même le temps et l'espace nécessaires pour cultiver notre propre potager (y compris en intérieur 2).

Nous avons aussi le temps de cuisiner, ce qui revient moins cher que d'acheter des plats pré-cuisinés. Les pauvres bougres de travailleurs sont souvent réduits à acheter un sandwich le midi, ou de passer à la cantine, puis de manger gras le soir, souvent des plats pré-cuisinés industriels. Ils ont donc des dépenses plus élevées. D'autant plus que les restaurants et les bars sont très tentants lorsque nous avons de l'argent, mais quand on en a moins, et bien on s'en passe très bien. On se contente alors de manger plus rarement au restaurant, et on en profite vraiment.

En résumé, il n'est pas impossible pour une personne seule de manger bien, pour entre 100 et 200 euros par mois. Et pour les radins sans pitié: le vol à l'étalage!

Se soigner

Dernière dépense vitale: l'entretien d'une bonne santé. Aujourd'hui, cela ne coûte pas si cher, grâce en partie à notre système de santé. Malgré cela, les français demeurent de bons consommateurs de médicaments: en 2009 ils ont dépensé 114 euros en moyenne 3.

Certains médicaments sont destinés avant tout aux travailleurs : les produits de l’hypertension artérielle, les antidépresseurs et les tranquillisants, entre autres. Les non-travailleurs peuvent disposer d'un repos adéquat et d'une vie moins stressante. Ils ne sont pas exposés aux virus qui circulent dans le métro aux heures de pointe, et lorsqu'ils en chopent un, ils ont le temps de se reposer pour se soigner, sans être obligés de se lever de bonne heure le matin, malgré la maladie, prolongeant ainsi la guérison. Puis, la bonne santé générale du paresseux est une excellente protection contre les maladies saisonnières.

Pas non plus d'accidents du travail, ou de chutes de ski. Pas besoin d'antidépresseurs, de psy, de coach de vie, ou autres bouquins et magazines de “développement personnel”.

Considérons ce poste comme étant quasi-nul. Et en cas de force majeur (accident, maladie grave), comptons sur la solidarité nationale (à laquelle nous contribuons tous).

Le transport, une nécessité?

Doit-on considérer le transport comme une nécessité? La question est délicate et dépend de nombreux facteurs, notamment de notre lieu de vie (la voiture apparaît moins dispensable à la campagne qu'en ville).

Mais peu importe, car dans tous les cas nos besoins de transportation risquent d'être réduits, puisque nous n'avons plus, ou moins, à travailler. Notre “organisation alimentaire” nous évite d'aller au supermarché sans arrêt. Et quand nous devons nous déplacer nous avons le temps, et ne sommes pas oppressés par l'horaire. La marche à pied et le vélo constituent de délicieux remplacements à la voiture, au train, au métro et au bus. Ils nous permettent de ralentir, y compris dans la tête, et sont une excellente source de santé physique.

Le transport est donc lui aussi un poste de dépense quasi négligeable pour de nombreux non-travailleurs. Pour les autres, il existe des solutions comme le covoiturage, ou encore la gratuité des transports, pour les allocataires et aussi les fraudeurs 4.

Tout le reste

Alors, que reste-t-il en dehors du minimum vital? A chacun de voir, en fonction de ses capacités et de ses envies. Certaines personnes sont capables de vivre comme des moines, en dépensant leur fric uniquement dans les besoins les plus basiques. Après tout, de nombreux plaisirs restent gratuits, même encore aujourd'hui. D'autres ne peuvent se passer de culture, ils se tourneront alors vers les bibliothèques, le téléchargement (il)légal, les concerts gratuits, etc. D'autres encore ne pourront se passer de voyages, et privilégieront le transport lent et écologique, le logement chez l'habitant (“couch surfing”).

Bref, sans dresser une liste exhaustive de tout ce qui peut nous faire plaisir et nous enrichir dans la vie, ainsi que la liste de toutes les manières d'accéder à ces désirs, clamons-le haut et fort: la débrouille peut nous emmener très, très loin.

Et à chacun de voir la quantité d'argent qu'il décide d'allouer à ces choses. Car il est important tout de même de goûter aux plaisirs de la vie, quel que soit leur raffinement. Cependant, quand nous sortons du travail, nous apprenons à trouver une réelle joie en dehors de la consommation. Nous sommes aussi plus résistants face à la tentation, et l'achat compulsif, qui sont clairement aggravés par une vie grise, fade et répétitive. Aggravés aussi par une volonté et une force intérieure sérieusement entamées par le mode de vie habituel, la soumission à la hiérarchie, la facilité de la consommation, etc. Certaines grosses dépenses deviennent bien moins nécessaires pour nous, c'est le cas par exemple des vacances au soleil. Les congés payés arrivent à point nommé pour celles et ceux qui sont enfermés dans un bureau toute l'année. Mais quand on mène une vie qui nous va bien, nous n'avons pas l'envie irrésistible de changement, de dépaysement.


Pour aller plus loin

  • Apprendre à faire ses comptes: esprit-riche.com
  • Un article en anglais qui commente une étude, dont les résultats indiquent que l'argent contribue au bonheur jusqu'à un montant assez modeste, puis qu'ensuite il a un impact négatif sur le bonheur (en raison du mode de vie qu'il entraîne, du temps passé à l'obtenir, etc) : simplicitycollective.com