TRAVAILLE !

Hé ! Le saviez-vous ? Le travailleur français est possédé par un des taux de productivité horaire les plus élevés au monde (3ème position d'après l'OCDE). Et, pure coïncidence, il détient aussi le record planétaire de la consommation d'antidépresseurs, anxiolytiques et autres somnifères (1 Français sur 4, 150 millions de boîtes vendues par an). Mais quand, malgré l'escamotage du CPE, des milliers de jeunes gens ont continué à se promener dans le soleil des rues, on s'est dit que tout n'était pas perdu.

Beaucoup sont conscients que si leurs parents ne les ont pas rejoints de façon décisive dans la révolte, c'est parce qu'ils sont prisonniers du travail, du corporatisme syndical et du crédit de la bagnole. Plus d'un adulte le reconnaît : « Les jeunes ont fait reculer le gouvernement grâce à leur insouciance. » Cette insouciance, en prenant le dessus sur l'angoisse d'être immergé dans un monde cynique et brutal, permet d'envisager autre chose. Les assemblées souveraines et la réappropriation collective du temps et de l'espace public en donnent un avant-goût. En ce printemps parti dans tous les sens, il est bon de répéter haut et fort : « ni CPE, ni CNE », mais, tout bien réfléchi, pas de CDI non plus. Le travail tue la vie, nique l'amour, interrompt les rêves, assassine l'enfance, perd ton temps, corsète les désirs, bousille la planète, appauvrit l'activité sociale, prostitue ton esprit, musèle l'imagination... Vivre n'est ni un privilège, ni un droit mais une expérience à tenter, une liberté à prendre. Pas grand chose à voir avec le renoncement quotidien qui mène au chagrin.


Extrait de l'édito du mensuel CQFD, avril 2006, www.cequilfautdetruire.org